À PROPOS D'UN CERTAIN PLAN DE RELANCE
 
 
 
"Le plan stratégique devra faire l'objet d'un consensus le plus élargi possible."
Rapport du CAMO. Page 9, point 4.3 (février 2002)
 
 
 
 
En février 2002 l'assemblée générale annuelle de CIBL adoptait à l'unanimité le rapport (succinct) du CAMO. Ce processus réussissait à mettre d'accord des points de vue jusqu'alors divergeants à la station. Un tour de force. Après quelques années de tensions on sentait qu'on réussissait enfin à s'entendre.
 
À la page 3 du rapport du CAMO on peut lire en caractère gras au troisième paragraphe de la section 3.2 :
 
Il paraît clair que tant qu'il n'y aura pas de plan d'action à la station qui définit les paramètres de la stratégie, il sera impossible de créer une unité de vision dans la façon de faire.
 
D'accord. Cela va de soi.
 
Le 17 juin 2002 par voie de communiqué nous apprenions que monsieur Stéphane Venne était élu président du conseil d'administration de CIBL. Quelque temps plus tard en juillet on pouvait trouver sur le site web (www.cibl.cam.org) de notre station un Plan de relance signé par notre nouveau président. Un Plan de relance, étrangement, dont les membres mêmes du CA (conseil d'administration) semblaient soit en ignorer l'existence soit ignorer le simple fait qu'il fut rendu disponible sur le dit site : cela s'est fait alors que tout le monde était en vacances. Gardons-nous ici de juger un homme de toute évidence passionné par le médium qu'est la radio et de toute évidence très dévoué à la cause de la relance de CIBL-FM, la radio libre de Montréal. Quelque part dans ce texte de 38 pages monsieur Venne insiste sur le fait qu'il faut agir vite. Notre situation financière étant ce qu'elle est, il a raison.
 
Or, nous nous apercevons, à la lecture de ce document très inspiré et très rigoureux, qu'il n'est pas seulement, ou pas exactement, question de Plan de relance mais bel et bien d'une sorte de plan de refonte, de redéfinition de CIBL. Pour tout dire, arrivé à la dernière page nous avons la certitude que non seulement monsieur Venne connaît très, très mal la radio libre de Montréal, il concocte rien de moins qu'un détournement de mission.
 
À la page 5 du document de monsieur Venne, au sujet de la notion de radio libre, on peut lire à la ligne 4 : Il s'agit d'une liberté institutionnelle, et non individuelle.
 
Cette affirmation inquiète un peu étant donné qu'à CIBL les producteurs ont toujours joui non seulement d'une "liberté de développer et poursuivre la créativité et l'originalité des émissions", comme l'indique clairement le Code d'éthique des artisans de notre station, mais d'une liberté d'opinion. Nous y reviendrons un peu plus loin. Poursuivons notre lecture.
 
À la page 9 dans l'encadré Entraves identitaires, notre président pose ces deux questions :
 
* Qui sommes-nous ? Mission à faire évoluer, à réincarner.
 
* Pourquoi, pour qui existons-nous. Marché (auditoire, partenaires, membres) mal perçu, décroissant, démobilisé.
 
Rendons à César ce qui est à César. Monsieur Venne pose les bonnes questions. Afin d'y répondre, consultons les documents qui définissent CIBL depuis sa naissance il y a 22 ans.
 
D'abord les Règlements généraux (rédigés le 18 février 1989).  Chapitre 1, point 5 (Buts) on peut lire : La corporation veut représenter et défendre les intérêts sociaux-économiques et cultures de la population en promouvant un changement social, politique et culturel. De plus elle veut susciter l'action, l'engagement et le regroupement par la diffusion d'une véritable information critique et analytique.(…) La corporation veut être un lieu de rencontre pour canaliser l'expression de la culture populaire.
 
Peu de membres connaissent ce document. Par contre la Déclaration de principes (adoptée en  novembre 2000) qui donne l'orientation de la philosophie de notre médium, elle, est mieux connue puisqu'elle est disponible sur notre site. Laquelle dit essentiellement :
 
(…) Volontairement, CIBL considère que sa programmation doit également répondre aux critères suivants :
 
* servir de tremplin, à la fois ouvert et critique, pour les artisans locaux;
* favoriser l'originalité et l'innovation dans les créations, et ainsi servir d'alternative à la radio commerciale;
* refléter, en français, la diversité culturelle des Montréalais et des Montréalaises;
* couvrir les importants événements culturels ou d'actualité montréalais;
* combattre les stéréotypes et les préjugés de toute nature;
* faire preuve d'engagement, c'est-à-dire avoir conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renoncer à une position de simple spectateur, prendre position et intervenir publiquement sur les problèmes de son époque;
* créer et représenter, grâce, à ses membres, des émissions choisies pour leurs qualités intrinsèques, et non pour leur potentiel commercial.
 
(La première Déclaration de principes de CIBL adoptée en 1977 a été perdue, cependant les membres fondateurs pourront vous affirmer que la Déclaration de principes actuelle exprime en substance les mêmes idées et valeurs.)
 
Maintenant reportons-nous au Dossier de CIBL, document monté alors que Jean-Claude Germain était président du CA, c'est-à-dire vers 1997. Voici des extraits tirés de l'introduction que signait l'ancien président :
 
Historiquement, notre antenne est née d'une volonté politique qui avait pour objet de donner aux groupes communautaires l'accès à l'autoroute radiophonique. Un acte modeste, il va sans dire. Dans un premier temps, notre diffusion ne dépassait les frontières du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Par la suite, elle s'est étendue à tout l'Est montréalais et ses alentours.
 
Plus loin, sous le titre Programmation, on peut lire :
 
CIBL ne se contente pas d'une palette de couleurs primaires, sa mission est d'innover, de privilégier l'expérimentation, la création, de toujours surprendre ; bref, de se positionner à l'avant-garde. C'est une radio qui assume un rôle de recherche et de développement dans le marché montréalais francophone.
 
Il vaut la peine ici de citer, toujours dans ce même Dossier, un extrait d'un article de Nathalie Petrowski (La Presse, 7 février 1997) :
 
(…) Comment être contre CIBL, la radio libre, la radio pauvre, la radio des groupes populaires, la radio pas comme les autres ?(…) Comment, surtout, ne pas voir que CIBL est essentielle à la vie culturelle montréalaise ? Essentielle dans la mesure où sa seule existence témoigne d'un Montréal jeune, alterno, multiculturel et branché.
 
Nous voilà éclairés. Plus loin nous citerons, pour les besoins de la cause, l'Avis public CRTC 2000-13, Politique relative à la radio communautaire (28 janvier 2000). Mais pour l'instant revenons à nos oignons. À la page 3 du rapport (succinct) du CAMO, sous le titre CONSTAT, section 3.1, premier paragraphe, on lit :
 
On peut affirmer, sans se tromper, que la mission est bien connue de ses membres initiés et entérinés par ceux-ci. Par contre, de nombreux commentaires indiquent une faiblesse au niveau de l'appropriation réelle de cette mission par les nouveaux venus.
 
Si certains nouveaux venus ignoraient la nature de notre mission, considérons qu'après avoir pris connaissance des textes ci-dessus c'est chose faite.
 
Un dernier mot avant de poursuivre notre lecture critique du Plan de relance du président actuel de notre radio communautaire. D'autres documents qui définissent notre radio existent, entre autres le Code d'éthique des producteurs de CIBL. Des états généraux ont été tenus de novembre 1999 jusqu'au printemps 2001. Un processus qui se révéla difficile et compliqué, mais  très stimulant, et dont le rapport, pourtant riche de propositions pertinentes, fut relégué aux oubliettes. Le rapport du CAMO ayant fait l'unanimité nous ne reviendrons pas en arrière. Il n'est pas inutile cependant de préciser que lors des États généraux furent menés, et à la station et en-dehors de la station, de très intéressants et instructifs vox populi. En introduction au rapport des États généraux celui-ci était cité : Cette radio-là va toujours être ce que les gens qui s'impliquent vont faire avec, CIBL c'est fait pour ça.
 
Autre détail : sous le titre Historique dans le Dossier, ceci :
 
1977 : On adopte la déclaration de principe prévoyant la prise en main d'un outil collectif de diffusion par la population et les groupes voués à la promotion des intérêts de la collectivité.
 
En 1980 on pouvait lire sur la toute première affiche de CIBL-FM : Un micro à la population.
 
*  *  *  *
 
Estimons que nous avons répondu aux deux questions que monsieur Venne pose dans l'encadré de la page 9.
 
À la page 11, au paragraphe 3 après l'encadré, abordant la question de la gestion de l'organisation, il est écrit :
 
Les deux principaux axes de la tâche étaient de recentrer l'identité (donc éventuellement de redéfinir la stratégie et le produit) et de rebâtir l'encadrement de l'organisation.
 
Il n'a jamais été question ni dans une quelconque assemblée annuelle, ni dans le cadre du CAMO (et on voudrait savoir si monsieur Venne a abordé cette question lors d'une rencontre de notre CA) de "recentrer l'identité" ou de "redéfinir le produit". Le lecteur, perplexe, commence à se demander, où exactement Stéphane Venne veut en venir.
 
Plus loin page 12, paragraphe 5, on découvre soudain une nouvelle définition - appelons-la réductrice - du comité de programmation. Les termes utilisés ici sont "mécanisme-conseil (i.e. c'est un comité aviseur)". Ces deux termes ne sont trouvables ni dans nos règlements ni dans le rapport du CAMO. Voilà une nouveauté inquiétante.
 
À la page 13 le signataire du Plan de relance joue avec les mots et tente de convaincre le lecteur que puisque CIBL est un mass médium il doit donc se créer un large auditoire (ce qui, en soi, est une bonne chose, mais alors pourquoi coller cette définition de MASS médium sinon pour justifier un élargissement de l'auditoire en épousant une tendance édulcurante  mainstream, comme nous allons le voir au cours des prochaines pages). Puis nos yeux tombent sur cette phrase : (…) la station doit faire en sorte que son produit se distingue contre la concurrence par une lutte au plan du marketing (…)
 
Concurrence, une notion inusitée pour une station comme la nôtre. Mettons les choses au clair tout de suite. Citons l'Avis public CRTC 2000-13. Cela répondra à nos interrogations :
 
Point 12. Le Conseil a pour principal objectif que la radio communautaire offre un service de programmation local dont le style et la substance se distinguent de celui des stations commerciales et de la SRC (…) Les stations devraient être différentes des autres éléments du système de radiodiffusion, c'est-à-dire les stations commerciales et les stations exploitées par la SRC.
 
* Les stations communautaires devraient offrit dans leur marché, des émissions qui soient à la fois différentes et complémentaires des autres stations. (C'est nous qui soulignons)
 
Point 15. (…) Les radios communautaires doivent donc adapter leur programmation musicale pour suivre l'évolution et les intérêts de leur auditoire, généralement à la recherche d'une musique moins commerciale et moins grand public. (…)
 
Point 24. Une station communautaire doit avant tout permettre l'accès de la collectivité aux ondes, et offrir une programmation diversifiées qui reflète les besoins et les intérêts de la collectivité que la station est autorisée à desservir, y compris :
 
* la musique des talents nouveaux et locaux;
 
* la musique qui n'est généralement pas diffusée par les stations commerciales;
 
* les émissions de créations orales;
 
* l'information locale.
 
Point 52. Le Conseil estime que les stations communautaires ont un rôle important à jouer dans le développement, l'appui et la mise en valeur des talents locaux.
 
Alors, pour ce qui est de la concurrence…
 
La pensée de l'auteur de Un jour, un jour  se précise à la page suivante. Au premier point de la page 14, cette triste affirmation :
 
* Il ne sert à rien pour CIBL d'offrir de promouvoir un artiste ou un produit culturel si son auditoire est trop petit. Les artistes font de la promotion pour être connus, pour gagner leur vie, et la discrétion en cette matière n'est pas une vertu. C'est un échec. Ou une perte de temps.
 
Disons les choses sans détour : ces propos ne sont pas seulement parfaitement indignes d'un président de CIBL, ils sont honteux venant de la plume d'un homme qui a déjà pratiqué l'art de la chanson. On se sent en droit d'exiger des excuses après avoir pris note d'un tel mépris de sa part envers les artistes qui pratiquent leur art par amour, engagement et conscience et qui ne demandent que ça vivre décemment de leur art. Une préoccupation que l'auteur-compositeur de Le temps est bon ne doit pas avoir puisqu'il a eu la chance de pratiquer son art durant ce qu'on appelle l'âge d'or de la chanson québécoise.
 
Poursuivons notre lecture. Prochain point :
 
* Il ne sert à rien pour CIBL de prêter ses ondes à des messages sociaux (ou à leurs messagers) si trop peu de gens l'entendent. La volonté d'impact sociétal fait mauvais ménage avec la confidentialité.
 
À l'ancien président-directeur d'une radio commerciale de la rive-sud on aurait envie de répondre que c'est peut-être lui qui mauvais ménage avec un lieu qui depuis sa fondation donne justement une voix à ceux qui n'en ont pas ailleurs. Appelons-les les exclus. Et ce sont des exclus qui ont fondé cette radio originale, dynamique et humaine. Le dessein du président semble bien de les exclure du seul espace radiophonique qu'ils possèdent. Qui leur appartienne.
 
Page 15. Ici monsieur Venne annonce qu'il y aura un radiothon en septembre.
L'irréalisme d'une telle annonce nous donne un indice assez clair de la méconnaissance qu'il a des opérations de la station. On s'aperçoit qu'entre sa pensée et la réalité le fossé est large.
 
Page 16. Encadré, point 4, sous le titre CHANGEMENT :
 
L'auditoire de la station, c'est LA communauté montréalaise, et non LES communautés vivant à Montréal !
 
Voyons ce que le CRTC dit :
 
Point 68. Le conseil est d'avis que la politique révisée contribue à la diversité du système canadien de radiodiffusion en faisant en sorte que les stations communautaires continuent de
se démarquer des stations commerciales et de la SRC, et en offrant un service de programmation locale distinct et des émissions d'intérêt pour les collectivités desservies. Enfin, cette politique favorisera également la diffusion d'une programmation variée offrant un contenu musical et des créations orales qui reflètent la diversité et la richesse des multiples collectivités.
 
Il nous semble approprié ici d'aller voir du côté de la version anglaise du même document comment se lit la phrase que nous avons souligné : that reflects the diversity and richness of the many groups that make up any given community.
 
Sous cet éclairage, on serait curieux de savoir ce que l'auditoire haïtien de CIBL aurait à répondre à monsieur Venne. Et les autres. En fait tous les différents groupes qui écoutent le 101,5.
 
Passons rapidement sur cette autre affirmation que la radio communautaire de Montréal ne doit pas être le bidule d'un groupe. Effectivement, ce n'est pas le bidule d'un groupe, c'est plutôt la tribune, l'instrument, le porte-voix, le précieux outil de liberté d'expression dont s'est doté un groupe de gens conscients, responsables et engagés.
 
Page 18. Premières lignes en bas de l'encadré :
 
La mission nous donne le défi de l'inclusion.
La programmation dans son ensemble et chacune de ses composantes (les émissions) seront évaluées en fonction de leur capacité de réaliser les objectifs d'inclusion.
 
Au bas de la page :
 
(…) faire en sorte que(…) les émissions (…) puissent intéresser aussi, le plus possible, l'ensemble de la population.
 
(…) la valeur à promouvoir (…) c'est en effet l'inclusion(…)
 
C'est là la route vers la création d'un auditoire numériquement significatif (sinon on ne fait pas de la radio, on est pas un mass médium).
 
Page 19, en haut :
 
PAR CONSÉQUENT, nul segment de programmation n'échappera à cette responsabilité de viser et d'atteindre l'objectif d'inclusion, nul producteur ne pourra abdiquer de la stratégie rassembleuse de la station.
 
À la lumière de la politique du CRTC qui définit une radio communautaire et des documents de la station qui définissent  le 101,5, et en vertu de l'esprit qui a toujours soufflé sur CIBL, cette notion d'inclusion - une absurdité qui veut dire que ceux et celles qui font CIBL devront désormais s'exclure eux-mêmes - n'a pas du tout sa place dans un plan d'action. Dans le rapport du CAMO, au sujet d'un plan d'action, on lit :
 
Il paraît déjà clair que tant qu'il n'y aura pas de plan d'action qui définit les paramètres de la stratégie, il sera impossible de créer une unité de vision dans la façon de faire.
(page 3, point 3.2)
 
On lit également :
 
Le plan stratégique devra faire l'objet d'un consensus le plus élargi possible. (page 9, point4.3)
 
Dans une station telle que CIBL on s'attend à ce qu'un plan d'action soit pensé, élaboré et articulé à partir de ce qu'a toujours été cette station. On s'attend à ce que l'âme, l'essence de cette station soit respectée. On s'attend certes à certains réaménagements mais jamais que soit altérée, pour ne pas dire carrément mise à la poubelle l'âme de cette radio unique, c'est-à-dire ce qui l'anime. Plus on avance dans notre lecture du Plan de relance plus on réalise que Stéphane Venne a décidé de condamner à mort tout ce qu'a toujours été CIBL pour le remplacer par une vision dont il est le seul et unique partisan. Vision qui par moments n'est pas seulement étrangère à la radio libre de Montréal mais, en définitive, son antithèse. Comment alors son Plan de relance peut-il "faire l'objet d'un consensus le plus élargi possible"? Sur le plan philosophique il y a un problème majeur, c'est le moins que l'on puisse dire.
 
Page 20. Avant-dernier paragraphe, cette affirmation étonnante :
 
CIBL, station communautaire, a décidé de s'identifier à la totalité de la communauté montréalaise, sans la segmenter en termes d'âge, ne de sexe, ni de culture, ni de facteurs économiques. Elle est la seule à se positionner de cette manière inclusive dans son marché.
 
CIBL n'a jamais décidé une telle chose.
 
Page 21. Nous apprenons qu'il faut fonder une ville, fonder son âme et favoriser les rapports entre humains qui habitent la communauté.
 
L'auteur-compositeur de la chanson Le début d'un temps nouveau semble confondre la vision des Bernard Landry, Louise Harel, Gérald Tremblay, Pierre Bourque et consorts - une île, une ville - avec celle d'une simple radio communautaire qui cherche vaillamment à faire entendre une voix autre.
 
Dans l'encadré au bas de la même page :
 
* Dans l'optique de laisser l'auditeur qu'elle informe "libre" au plan de ses idées et de ses choix.
 
* (…) délimitant les interventions qui sont de nature "éditoriale".
 
Cela n'a jamais été l'esprit de CIBL, cela contredit la Déclaration de principe, cela bâillonne une radio qui se veut libre, cela place CIBL parmi les autres radios du continent nord-américain qui sont soumises aux impératifs commerciaux et doivent donc faire dans la censure. Les auditeurs/auditrices de CIBL non seulement savent qu'ils vont entendre des opinions, ils apprécient cela et écoutent précisément CIBL pour cette raison. Cela n'existe pas ailleurs.
 
À la page 22, en vrac d'autres affirmations troublantes :
 
Désormais, il importera davantage pour ces entités (géographiques, politiques, sociales, culturelles, etc.) de se voir comme liées par un destin commun (...) Elles doivent d'abord se connaître. Cela fera partie du rôle de CIBL. 
 
Cela n'a jamais été le rôle de CIBL.
 
(…) CIBL, pour être un transmetteur crédible d'information, un courtier de rassemblements dans la mosaïque des points de vue et des valeurs, devra enfin se garder d'être partisan (…) exceptionnellement , si la station fait ici et là de l'éditorial, il faudra que ça soit assumé collectivement à l'interne, et clair pour l'auditoire.
 
Se reporter à la Déclaration de principes.
 
À la fin de la page 22, l'ancien président du réseau Radio-Mutuel Alain Gourd aborde la question du professionnalisme. Il semble exiger des producteurs qu'ils soient aussi professionnels que les producteurs/animateurs des stations commerciales.
 
On veut bien viser l'excellence mais la richesse de CIBL c'est les producteurs - des bénévoles. Les gens écoutent CIBL parce que justement elle offre quelque chose de frais, de différent, d'original, d'humain. Loin du professionnalisme aseptisé des autres postes.
 
À la page 23 nous arrivons au chapitre intitulé Les axes de programmation : la musique  
   
Dans l'encadré au bas de la page :
 
Le territoire musical de la station sera principalement la chanson francophone, majoritairement québécoise, sans considération de genres ou de modes, et dans le respect des valeurs musicales de la communauté.
 
La station appliquera une stratégie apte à renforcer les facteurs qui font la vitalité de la chanson québécoise prise globalement, soit principalement
 
* la pérennité du répertoire, les œuvres qui constituent la mémoire sonore collective e la communauté
 
CIBL présente déjà d'excellentes émissions offrant un répertoire puisant dans la mémoire sonore collective québécoise et canadienne française. Reprenons ici une phrase souvent répétée lors de nos radiothons : CIBL est gardienne de notre mémoire (musicale) et se place en même temps à l'avant-garde. C'est clair. CIBL n'a pas à se transformer en grand juke-box québécois selon la définition limitée d'un seul homme. Aussi décode-t-on facilement le sens de "respect des valeurs musicales de la communauté" : un répertoire pop, mainstream, commercial en somme.
 
Un peu plus loin dans le deuxième encadré de la page 24 :
 
La station, consciente d'être fiduciaire d'un bien public (sa fréquence), se comporte comme mandataire de la population, qu'elle considérera comme juge ultime de ses propositions musicales.
 
Dans ses fonctions d'appui stratégique à la musique, (diffusion, découverte) la station aura, comme dans le reste, une obligation de résultats et un devoir de lucidité ; elle devra donc se doter d'indicateurs de performance et de systèmes de programmation musicale capables de guider sa recherche de résultats.
 
On a l'impression de lire le plan stratégique du directeur général de CHOM, COOL ou CITÉ Rock Détente. Rappelons ici la définition que donne le CRTC d'une radio communautaire :
 
Point 20. Une station de radio communautaire est possédée et contrôlée par un organisme sans but lucratif dont la structure permet aux membres de la collectivité en général d'y adhérer et de participer à sa gestion, à son exploitation et à sa programmation. La programmation devrait refléter la diversité du marché que la station est autorisée à desservir.
 
On lit dans Le Guide (septembre 1999) rédigé alors que Pierre-Alain Cotnoir était directeur général cette phrase qui confirme le texte ci-dessus : CIBL-FM est un organisme contrôlé par ses quelque 1500 membres à travers l'OBNL dénommé La radio communautaire francophone de Montréal.
 
Est-il besoin de redire ce qui a toujours été répété à la station, surtout lors de radiothons : CIBL appartient à ses membres.
 
Citons à nouveau la Déclaration de principes :
 
* créer et présenter, grâce à ses membres, des émissions choisies pour leur qualités intrinsèques, et non pour leur potentiel commercial
 
À la même page, au troisième paragraphe après l'encadré, nous avons un exemple parfait de la manière dont l'ancien président de la CAPAC aime jouer avec le sens des mots pour nous entraîner dans une logique trompeuse :
 
(…) il découle que le mot collective renvoie à l'obligation pour la station de respecter la volonté populaire.
 
Nous sommes à des années-lumière de CIBL, en vérité nous sommes dans le déni de la nature de CIBL. Citons deux points de la recommandation 9 (4.1, page 7) du rapport du CAMO, cela replacera les choses dans une juste perspective :
 
> Nous recommandons le processus suivant pour la préparation de la grille de programmation :
 
1. La détermination des objectifs annuels de programmation, conforme à la mission et aux valeurs de CIBL, est sous la responsabilité du conseil d'administration.
 
2. Le comité de programmation fait in appel d'offres aux producteurs pour préparer la grille horaire conformément à la mission, aux valeurs et objectifs de CIBL (C'est nous qui soulignons).
 
La page 25 ne manque pas d'intérêt. Arrêtons-nous sur ces deux passages seulement :
 
CIBL doit surtout éviter la tentation de la glorification de la marginalité, qui est le pire service à rendre aux débutants.
 
Répondons tout simplement par cette citation tirée du Dossier de CIBL et signé Jean-Claude Germain :
 
(…) CIBL demeure la station radiophonique où Richard Desjardins a été Richard Desjardins avant d'être Richard Desjardins.
 
Voici l'autre passage :
 
La seule allégeance fondamentale  de la station est à l'égard de l'auditoire, sa communauté. Ses liens avec les créateurs (ou avec les producteurs culturels) doivent être conçus et perçus à la lumière et sous l'empire de cette allégeance.
 
Nous ne re-citerons pas la Déclaration de principes ni ne ferons le récit de l'histoire de CIBL. Permettons-nous simplement d'émettre ce commentaire : ce passage, tout comme plusieurs autres rencontrés tout au long de notre lecture, n'est rien de moins que l'expression d'un déni de créativité, d'originalité et d'audace des producteurs, une négation de la raison d'être d'une radio libre. Un mépris aussi envers les bénévoles et une extraordinaire méconnaissance de la qualité et de la pertinence de leur travail.
 
Sous le thème les services, à la page 26, premier paragraphe après l'encadré :
 
Tout au plus, lors de tempêtes hivernales, pourrait-elle alerter les étudiants universitaires - une clientèle-cible particulière - au fait que les universités sont ouvertes ou fermées.
 
Sans commentaire.
 
Sous le titre la performance, page 27, dernier paragraphe :
 
Car il ne faut pas attendre de l'auditoire qu'il fasse preuve d'indulgence pour les bénévoles puisque ceux-ci se posent comme concurrents des professionnels. Les exigences de l'auditoire sont les mêmes pour tous les diffuseurs dès lors qu'ils jouent dans la cours des grands. Et CIBL se campe résolument dans la cours des grands.
 
Nous avons déjà commenté cette notion de concurrence, nous n'enfoncerons pas le clou davantage. Cependant on sent ici le besoin d'exprimer un profond agacement : le créateur de centaines de messages publicitaires (jingles) dans les années 1970 et 1980 (La Baie, Pepsi, Coke, General Motors, Wonder Bra, Hydro-Québec. etc.) s'adresse aux producteurs de CIBL comme s'ils ne connaissaient rien à la radio, on dirait en fait qu'il se permet de fonder une nouvelle radio en nous faisait la leçon sur les comment de la radiodiffusion.
 
Rappelons-le : CIBL a 22 ans. Et la merveille c'est que ce sont des non-salariés, des non-professionnels qui réussissent à offrir une radio qui a drôlement enrichi le paysage culturel et social à Montréal et ses alentours. Bien des gens vous le diront (voir les nombreuse et dithyrambiques lettres d'appui à CIBL lors de sa campagne d'obtention d'une fréquence en 1997-1998).
 
Notons rapidement que dans l'encadré de la page 30 le CP (comité de programmation) tout à coup devient sous sa plume un instrument consultatif. Il faudrait interroger les membres du CP pour savoir ce qu'ils en pensent. Ou tout simplement consulter les règlements.
 
 
 
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Le titre complet du document rapidement parcouru est : La stratégie de relance de CIBL : Libérer la radio libre
 
L'instigateur de ce document aime jouer avec les mots, on l'a remarqué. Nous ne l'avons pas suivi dans cette voie piégée. Précisons seulement qu'une radio libre est une radio indépendante - indépendante de tous les pouvoirs qui tentent de soumettre les artisans et les citoyens aux lois du marché. Le Devoir, bien que obligé de jouer selon les lois du marché, demeure un journal indépendant : il n'appartient à aucun conglomérat. Il peut - et ne s'en prive pas - publier plusieurs opinions qui vont à contresens de la pensée marchande. Il y a eu crise financière au journal et Lise Bissonnette a su refonder Le Devoir mais tout en en préservant l'indépendance. Il ne s'agit pas ici de comparer une radio communautaire à un quotidien mais de bien faire comprendre le sens du mot indépendant. Une radio libre est une radio indépendante.
 
Cela étant dit nous avons voulu faire un parcours assez rapide des aspects les plus immédiatement dérangeants de ce document. Aussi avons-nous volontairement choisi de faire ressortir ces aspects dérangeants trouvés dans un document disponible au public (car il y en a d'autres). Et ceci à la lumière du contenu des documents officiels qui définissent CIBL.    
 
 
 
 
En guise de conclusion (provisoire)
 
Il est malheureux qu'un homme de la trempe de Stéphane Venne - sa feuille de route est impressionnante et inspire le respect - , afin de nous "vendre" sa  vision,
insulte notre intelligence en jouant avec le sens des mots (libérer la radio libre, l'inclusion, mass médium, collective, etc.) et adopte des logiques trompeuses pour faire valoir son point de vue. Il est encore plus désolant de voir un homme de son intelligence mettre autant d'énergie à tenter de littéralement effacer de la carte une œuvre - car CIBL est cela, une œuvre - née de tant de passion, d'idéalisme, de sueur, de volonté surtout de faire entendre au sein d'une société déshumanisante une voix qui affirme le droit d'être libre et différente en-dehors des paramètres aliénants, étouffants et répressifs de la société.
 
Plus que jamais, dans notre monde, ceux et celles qui pensent librement sont marginalisés. Voilà le triste constat que nous sommes obligés de faire. Et, eh oui, CIBL est une radio marginale. Mais une radio marginale qui, puisqu'elle rayonne (modestement), peut atteindre à force de persévérance d'autres oreilles, d'autres consciences, d'autres coeurs qui en ont de plus en plus marre de cette société de consommation qui ne fait qu'agrandir un vide existentiel d'où sont absents la véritable créativité, l'audace de mettre au monde ce qui n'a pas encore été mis au monde, la pensée libre et critique, l'imagination qui élargit les champs des possibles, la volonté de vivre et non seulement d'exister passivement. CIBL, c'est son rôle, comble ce vide.      
 
CIBL veut vivre. Un plan d'action est nécessaire, pressant. Mais un plan d'action qui soit respectueux de et en harmonie avec l'esprit, l'âme de la station. Quand on sauve la vie d'un humain on ne jette pas son âme, son cœur, son esprit, sa personnalité. On guérit la partie qui est malade. Nous étions sur la voie de la guérison avec l'appui unanime au rapport du CAMO. Il y a quelque chose de très dérangeant, voire d'irresponsable, dans le comportement d'un président de CA qui tout à coup prend d'assaut la forteresse et commet exactement la même erreur qu'a commise le CA durant les années difficiles de CIBL (et qui soit dit en passant a contribué à une certaine désaffection de son public)  : vouloir gouverner en haut de la pyramide, déconnecté de la base, voire en la méprisant, alors que cette base est le cœur même qui a donné la vie à cette station et la fait vivre. Mais où exactement bat donc le cœur de Stéphane Venne ?